Lundi 22 juin 2009
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Preuve si besoin était de l'ampleur de la désinformation, et de son efficacité, les images circulent, pour mobiliser des réactions émotionnelles et que
la messe soit dite : le régime iranien a des pratiques inacceptables : la preuve, il tue des manifestants. Pourtant, les vidéos sont là, déjà postées qui démontrent on ne peut plus clairement
l'ingérence parfaitement déplacée de l'occident. A croire qu'elles ne circulent pas assez. Thierry Meyssan, qui dans son précédent papier, décrivait l'exacte réalité, a reçu des lettres d'injures.
On sait que les pro Moussavi viennent de milieux plus favorisés et éduqués que les pro Ahmadinejad. L'éducation aurait-elle pour résultat d'oblitérer la conscience, tant morale que politique ? En
ce cas, ce serait grave...sans être une excuse pour ne s'informer que par la TV !
Pourquoi devrais-je mépriser le choix des Iraniens ?
par Thierry Meyssan*
De nombreux lecteurs ont réagi avec colère au dernier article de Thierry Meyssan. Il
se devait de leur répondre. Malheureusement incorrigible, non seulement celui-ci ne fait pas amende honorable, mais il persiste et signe.
21 juin 2009
Depuis
Beyrouth (Liban)
Mon récent article, « La CIA et le laboratoire iranien », m’a valu un abondant courriel, principalement injurieux. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas reçu tant de protestations
outrancières. La plupart de mes correspondants me reprochent d’être aveuglé par un « anti-américanisme viscéral » au point de défendre la « dictature des mollahs » et d’ignorer la vague de jeunes
Iraniens luttant à main nue « pour la liberté ». À y regarder de plus près ces courriels sont peu argumentés, mais empreints d’une passion irrationnelle ; comme si on ne pouvait parler de l’Iran
sans être emporté par ses émotions.
C’est que l’Iran n’est pas un État comme les autres. À l’instar de la France de 1789 et de l’URSS de 1917, l’Iran de 1979 a lancé un processus révolutionnaire qui conteste des aspects fondamentaux
du modèle « occidental » triomphant ; et il l’a fait à partir d’une foi religieuse. Trente ans plus tard, nous, « Occidentaux », continuons à ressentir la parole du Peuple iranien comme une
condamnation morale de notre mode de vie, c’est-à-dire de la société de consommation et de l’impérialisme. A contrario, nous ne parvenons à trouver le repos qu’en nous persuadant que la réalité
n’est qu’un rêve et que nos rêves sont la réalité. Les Iraniens aspireraient à vivre comme nous et en seraient empêchés par un affreux clergé enturbanné.
Pour expliquer l’Iran moderne à ceux qui veulent la comprendre, je ne sais par où commencer. Trente ans de propagande ont forgé tant d’images fausses qu’il faut déconstruire une à une. La tâche est
grande pour s’extraire du mensonge et le moment ne s’y prête guère. Je voudrais juste soulever quelques observations préalables.
La révolution islamique a accompli de grands progrès : les châtiments corporels sont devenus exceptionnels, le droit à remplacé l’arbitraire, les femmes sont de plus en plus éduquées, les minorités
religieuses sont toutes protégées —à l’exception malheureusement des Baha’is—, etc. Sur tous ces sujets, où nous trouvons le régime actuel exécrable, les Iraniens pensent, eux, qu’il est autrement
plus civilisé que la cruelle dictature du Shah imposée par Londres et Washington.
La révolution islamique a encore beaucoup à accomplir et doit en outre maîtriser ce système politique si oriental qui, pour donner une place à chacun, multiplie les structures administratives et
conduit à la paralysie institutionnelle.
Bien sûr, à l’époque du Shah, il y avait aussi une bourgeoisie occidentalisée qui trouvait la vie plus belle. Elle envoyait ses enfants suivre des études en Europe et gaspillait sans compter aux
fêtes de Persépolis. La révolution islamique a aboli ses privilèges. Ses petits-enfants sont aujourd’hui dans la rue. Avec le soutien des États-Unis. Ils veulent reconquérir ce dont leurs familles
ont été privées et qui n’a rien à voir avec la liberté.
En quelques années, l’Iran a retrouvé le prestige qu’elle avait perdu. Son Peuple s’enorgueillit d’avoir prêté assistance aux Palestiniens et aux Libanais auxquels il a offert la reconstruction de
leurs maisons détruites par Israël et des armes pour se défendre et retrouver leur dignité. Il a secouru les Afghans et les Irakiens, victimes de régimes pro-occidentaux puis des Occidentaux
eux-mêmes. Cette solidarité, les Iraniens l’ont payée au prix fort avec la guerre, le terrorisme et les sanctions économiques.
Pour ma part, je suis démocrate. J’attache de l’importance à la volonté populaire. Je n’avais pas compris pourquoi il fallait proclamer la victoire de George W. Bush avant de dépouiller les votes
des citoyens états-uniens en Floride. Je n’avais pas non plus compris pourquoi, avec la bourgeoisie de Caracas, il fallait féliciter Pedro Carmona d’avoir placé Hugo Chavez en prison, quand le
Peuple vénézuélien l’avait élu. Je ne comprends pas pourquoi il faut appeler Mahmoud Abbas, « Monsieur le président », alors qu’il empêche l’élection de son successeur en faisant séquestrer les
représentants du Peuple palestinien dans les geôles israéliennes. Je ne comprends pas pourquoi on prépare l’application du Traité constitutionnel européen, sous une autre dénomination, alors que
les électeurs l’ont rejeté. Et aujourd’hui, je ne vois pas au nom de quels fantasmes, je devrais encourager la population des quartiers nord de Téhéran à piétiner le suffrage universel, et à
imposer Mousavi quand le Peuple a majoritairement choisi Ahmadinejad.
Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage
du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).
Par Nicole
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Publié dans : Iran