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Le commerce du corps en «pièces détachées»
Nancy Scheper-Hughes, anthrolopogue à l’Université de Californie, Berkeley (Etat-Unis). |
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![]() Velu a été attiré dans une clinique privée de Bangalore (Inde) qui lui a prélevé un rein sans son consentement.
«J’ai vu mon donneur. Il était jeune, sain, fort. Il avait tout ce que je voulais»
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Du Sud au Nord, du pauvre au riche, des femmes aux hommes, ainsi va le commerce mondial des organes. Une anthropologue l’a suivi pas à pas. C’est à une terrasse de café de São Paulo (Brésil), l’été 1998, que Laudiceia da Silva m’a conté son histoire. Lors d’une récente intervention pour un kyste à l’ovaire, dans un grand hôpital public, elle avait «perdu» un rein et venait de porter plainte. Son médecin de famille avait découvert la disparition lors d’un examen de routine, peu après l’opération. Sommé de se justifier, l’hôpital lui affirma que le rein manquant avait été noyé dans la «masse» entourant le kyste. Il refusait de transmettre le dossier médical et prétendait que l’ovaire malade et le rein avaient été détruits. Déjà, quelques semaines auparavant, le frère de Laudiceia, victime d’une bagarre entre délinquants, était décédé à l’hôpital. La famille, arrivée trop tard, n’avait pu empêcher que ses organes soient prélevés, conformément à la nouvelle loi brésilienne sur le «consentement présumé». «Les pauvres, comme nous, perdent leurs organes les uns après les autres au profit de l’Etat», conclut Laudiceia avec colère. Son cas n’est pas exceptionnel. Lors de l’enquête que j’ai menée avec l’anthropologue Lawrence Cohen pour le compte de l’association Berkeley Organs Watch – qui enquête sur les abus médicaux liés aux transplantations –, j’ai pu recueillir et vérifier de nombreux témoignages sur des vols de reins. Notre organisation est l’héritière d’un réseau international d’enquête sur le commerce d’organes, la Bellagio Task Force, composée d’experts, de chirurgiens et de sociologues, qui se proposait d’élaborer un code d’éthique afin d’éviter les abus, mais a manqué de moyens. Depuis, Organs Watch s’efforce de combler le vide en réagissant au coup par coup, chaque fois qu’une affaire de vol, de trafic d’organes ou de tissus est signalée dans le monde. Les bazars d’organes Sur le terrain, notre travail consiste à «suivre les corps». En recueillant d’abord des informations sur les patients, dans les services de dialyse et les salles d’opération, puis sur les donneurs, dans les bars clandestins des townships, les commissariats de police, les morgues et, de là, dans les laboratoires de recherche ou les cliniques qui prélèvent les organes et les redistribuent. Comme on va le voir, nos incursions dans le monde des chirurgiens nous ont souvent plongés dans un univers absurde et grinçant. Dans un bidonville du Sud de l’Inde, à Chennai (Madras), Lawrence Cohen a rencontré cinq femmes qui avaient vendu chacune un rein pour environ 8 400 francs. Toutes avaient été opérées à la clinique du docteur K. C. Reddy, ardent défenseur du droit des individus à faire commerce de leur rein. Le Dr Reddy se flatte de diriger une clinique exemplaire, que tout distingue, dit-il, de ces douteux «bazars d’organes» de Bombay. Il sélectionne scrupuleusement les donneurs, les informe des risques médicaux liés à l’intervention et leur offre un suivi médical gratuit pendant deux ans. Les femmes interrogées par Lawrence Cohen étaient des employées de maison aux revenus très modestes. Leurs maris s’étaient endettés. La vente d’un rein représentait, pour elles et leur famille, une ultime planche de salut. Mais l’argent gagné leur avait tout juste permis d’éponger les intérêts d’emprunts auprès des usuriers locaux. Quand Lawrence Cohen leur a demandé si elles seraient prêtes à recommencer, ses cinq interlocutrices lui ont répondu «oui». Quelques mois plus tard, je rencontrais Mme Rosemary Sitsheshe, à son domicile de Guguletu, un township de la banlieue du Cap (Afrique du Sud). Son fils unique de 17 ans, Andrew, était mort peu avant la chute du régime d’apartheid, victime d’une balle perdue dans un affrontement entre gangs. Le lendemain, quand Rosemary était venue réclamer le corps à l’institut médico-légal, les responsables l’avaient éconduite. Deux jours plus tard, la famille était enfin autorisée à voir le corps. Ce fut un choc: deux trous profonds défiguraient le visage d’Andrew. Lorsque Rosemary protesta, rappelant qu’il avait été tué d’une seule balle en pleine poitrine, le médecin légal la rudoya. Plus tard, elle revint à la morgue, accompagnée d’un médecin, pris en charge par l’ANC (Congrès national africain). Elle apprit alors que les yeux de son fils avaient été prélevés, et tous les organes de la cavité abdominale enlevés puis replacés. «Mais s’agit-il de ses organes?» demanda-t-elle. A la banque ophtalmique locale, Rosemary apprit que les yeux de son fils étaient conservés en chambre froide. Les cornées «rasées» avaient été données à deux «heureux patients». Mais le directeur refusa à Rosemary toute restitution des restes de son enfant avant l’enterrement. Elle a porté plainte devant la Commission vérité et réconciliation d’Afrique du Sud contre l’institut médico-légal et la banque ophtalmique. Son histoire, estime-t-elle, est représentative d’une pratique courante du temps de l’apartheid et qui n’a pas disparu. En janvier 2000, dans la province de Buenos Aires (Argentine), j’ai réussi à pénétrer dans l’hôpital psychiatrique de Montes de Oca, sous une fausse identité, accompagnée d’un détective privé. Nous voulions vérifier des rumeurs persistantes de vols de lots sanguins, de tissus et d’organes prélevés sur les pensionnaires. L’affaire remontait au début des années 1990. Une jeune psychiatre logée à l’hôpital, le Dr Gubileo, avait disparu alors qu’elle s’apprêtait, disait-on, à révéler les pratiques illégales du directeur. Si le corps de la jeune femme ne devait jamais être retrouvé, les fouilles, ordonnées par les autorités judiciaires dans l’enceinte de l’hôpital, permirent d’exhumer les restes de plusieurs patients disparus, qu’il fut impossible d’identifier. Un courtier très réputé Deux internés affirmèrent que la doctoresse avait été embarquée de force dans une camionnette de l’hôpital. Déclarés légalement irresponsables, ils ne furent pas autorisés à déposer devant un tribunal. D’autres allégations concernant des pratiques illégales, à Montes de Oca, conduisirent cependant à l’arrestation du directeur médical, qui mourut en prison dans des conditions restées inexpliquées, la veille de sa comparution devant le juge d’instruction. L’affaire a été classée. La chasse aux dépouilles humaines et la récupération de «pièces détachées» n’est pas réservée aux ex-Etats policiers. Jim C. vit à Los Angeles, une des villes les plus riches des Etats-Unis. A l’automne 1999, ce «courtier en organes», très réputé, m’a donné rendez-vous dans un restaurant d’Hollywood pour justifier ses activités. «Pourquoi faudrait-il que des gens continuent à mourir, dans ce pays, en attendant qu’un rein ou un cœur soient disponibles? Les organes de remplacement ne manquent pas. Il suffit d’aller les chercher là où ils se trouvent.» Depuis son domicile, Jim C. démarche acheteurs et vendeurs potentiels dans le monde entier. Bien qu’il évolue dans un univers souterrain, ses activités, insiste-t-il, ne sont pas illégales. «Ne me considérez pas comme un hors-la-loi. Je suis comme les marieuses d’autrefois: je repère et j’associe des gens qui ont besoin les uns des autres.» Les transactions d’organes mettent en jeu l’altruisme et le commerce; la science, la magie et la sorcellerie; le bénévolat et la coercition; le don, le troc et le vol. En règle générale, les organes transitent du Sud vers le Nord, des pauvres vers les riches, des Noirs vers les Blancs et des femmes vers les hommes. Aujourd’hui, des touristes de la transplantation peuvent se rendre dans des établissements médicaux haut de gamme, en Turquie, en Europe de l’Est, à Cuba, en Allemagne ou aux Etats-Unis, où l’on pratique les greffes sans délais et sans risques. Ces cliniques offrent parfois des prestations dignes d’hôtels quatre étoiles, ou ressemblent, à Cuba par exemple, à des centres de remise en forme pour vacanciers de la jet-set. Dans le monde officiel de la transplantation, Israël est devenu une sorte de paria. Dans ce pays, où le don d’organes est peu courant, prospère une véritable industrie du «tourisme de la greffe». Elle envoie ses clients vers les cliniques d’Europe ou des Etats-Unis, où ils bénéficient de toutes sortes de passe-droits. Les velléités du ministère de la Santé israélien pour y mettre bon ordre ont fait long feu sous la pression de futurs transplantés en colère. «Pourquoi aurions-nous accès aux seules cliniques du Tiers-Monde, dans des villes dangereuses, pour y recevoir un rein de paysan, de soldat ou de travailleur immigré dont l’état de santé est peut-être pire que le nôtre?» se défend un «acheteur de rein» de Tel-Aviv, âgé de 71 ans. «Les organes devraient être considérés comme une ressource pour l’humanité.» Rencontrer Avirham est un plaisir. Ce vieux monsieur resplendit de vitalité grâce au rein d’un paysan de 22 ans. Mais que pense-t-il du sort de son donneur? «Un paysan qui n’avait rien! rétorque-t-il. Avez-vous idée de ce que représentent 35 000 francs dans la vie d’un paysan?» Pour les experts en bioéthique, les dérapages de la transplantation d’organe commencent sitôt qu’apparaît un marché noir des organes et des tissus. Mais pour l’anthropologue, cela commence dès qu’un humain fragile et souffrant prend conscience, en regardant l’un de ses semblables, que le corps de ce dernier recèle des éléments susceptibles de prolonger sa propre vie, et pense: «je veux ce que tu as, j’en ai besoin plus que toi.» Le rein d’un autre lui apparaît alors comme un puissant fétiche, capable de satisfaire ses désirs les plus fondamentaux: la vie, la vitalité, l’énergie. Le commerce d’organes et de tissus humains suppose aussi que des populations défavorisées en soient réduites au rôle de «fournisseur». Et que des corps soient démembrés, transportés, retraités et vendus au profit d’une population de receveurs mieux lotis. J’utilise à dessein le mot «fétiche» pour évoquer l’énergie magique dont est investi le rein. Avirham, qui a fait le voyage de Jérusalem en Géorgie pour son rein, explique pourquoi il n’aurait jamais accepté que le donneur soit décédé: «il se serait agi d’un rein pratiquement mort. Peut-être coincé sous les roues d’une voiture… Moi, j’ai vu mon donneur. Il était jeune, sain, fort. Il avait tout ce que je voulais». Les mêmes a priori existent au Brésil. Un chirurgien de Copacabana m’a expliqué que la plupart de ses patients refusaient catégoriquement tout organe prélevé sur un mort anonyme. «Mes patients n’ont aucune confiance dans le système de santé public. Ils craignent de recevoir un organe pollué, qui va les contaminer.» Le fétiche par excellence, c’est la vie elle-même considérée comme objet de manipulation. La «fétichisation» de la vie – qu’il faut préserver, prolonger ou améliorer à tout prix – exclut toute idée d’éthique sociale. Lorsque j’évoque les problèmes liés à l’approvisionnement en organes, on m’accuse souvent de vouloir «priver quelqu’un de ses chances de survie». Je ne fais que rappeler qu’il existe un autre corps, d’autres personnes, dont les besoins sont ignorés ou méprisés. Les valeurs d’autonomie et d’intégrité corporelles sont presque universellement partagées aujourd’hui. Elles sont à la base des mouvements de patients pour leurs droits, de la revendication par les plus pauvres d’un droit à être enterré dignement ou encore de la résistance aux lois sur le «consentement présumé». Mais pour ceux qui vivent en marge de l’économie mondiale et qui sont confrontés à la maladie, à la faim, à des conditions de vie et de travail dégradantes, vendre un organe, c’est gagner un second souffle. «Je préfère vendre mon corps plutôt que de laisser l’État s’en emparer», nous ont souvent dit les habitants des bidonvilles brésiliens. De fait, c’est en Occident que ces valeurs sont le plus en danger. Quand le commerce s’étend à toutes les sphères de l’existence ou presque – à commencer par les ovules de «reines de beauté» et le sperme de «génies» –, les pays du Nord ne peuvent prétendre à une quelconque supériorité morale. Les textes constitutionnels adoptés par le Brésil démocratique ou par l’Afrique du Sud post-apartheid formulent, avec plus de fermeté que les nôtres, les droits à l’autonomie et à l’intégrité corporelles. Organs Watch voudrait être sûr que les pratiques de transplantation respectent les intérêts et les souhaits des donneurs, vivants ou morts. Nous demandons que les chirurgiens soient très attentifs à l’origine des organes et à la manière dont ils ont été obtenus. Nous voulons que les «risques» et les «bénéfices» soient partagés de façon plus égale entre les nations ainsi qu’entre les différents groupes ethniques, les sexes et les classes sociales. Enfin, nous voulons avoir l’assurance que le soi-disant «don de vie» ne devienne pas un «vol de vie». http://www.unesco.org/courier/2001_07/fr/doss34.htm |
J'ai commencé un deuxième blog, et dès le départ, j'y expérimente la même chose que dans celui-ci, qui est d'une bassesse et d'une lâcheté sans nom. Tout le monde sait maintenant que la moindre critique des actes d'Israël implique de se faire traiter d'antisémite. C'est classique, basique, on connaît tous ce que décrit si bien Shulamit Aloni, ancienne Ministre Israélienne :
Si l'accusation d'antisémitisme était pertinente, il y aurait tout lieu de se demander pourquoi les blogs opposés au sionisme se font hacker. Il y a là une
nouvelle preuve des mensonges à répétition. Je ne peux quasiment pas faire un texte sans voir changer le formatage, avoir du mal à sélectionner, voir le texte disparaître, ne pas pouvoir utiliser
une fonction standard. Tout cela signe une immaturité grave, permise par les
élus qui ne s'opposent en aucune façon à ce que les systèmes d'exploitation vendus d'office avec les machines soient poreux. C'est un choix. Il est techniquement possible
d'avoir des machines inviolables, et c'est connu depuis dix ans. Le fait est que ce n'est pas appliqué, et que le hacking est là comme un révélateur de la quantité de choses qu'Israël a à cacher,
et des mensonges pathologiques sur lesquels cet état est fondé. A titre d'illustration de ce qu'on est censé taire :
1- les chantages exercés pour obtenir des votes à l'ONU en 1947 :